La Forêt d'Andaine

Il n'est de plus bel endroit pour apaiser son esprit que la forêt. Depuis le temps que j'écris sur les différents domaines sylvestres que l'on peut trouver en Normandie, il est étonnant que je n'ai pas encore présenté l'un de mes préférés: celui placé sous la protection de la Fée Andaine.



On y retrouve ici la fusion de deux massifs ; l'un couvrant 4 120 hectares de Domfront à Bagnoles-de-l'Orne, l'autre de 1 317 hectares liant la Ferté-Macé jusqu'aux frontières de la Mayenne. Constituée de pins sylvestres, de sapins, de hêtres, de chênes, de bouleaux mais également d'épicéas, la forêt d'Andaine est un sanctuaire riche en faune et en flore qui peut se targuer d'abriter des arbres légendaires :


A gauche : le Chêne Lancelot du Lac | A droite : le Chêne Roi Arthur

Car des légendes, il y en a une myriade dans ces bois, à commencer par le nom même de l'endroit - étymologiquement d'origine celtique qui signifierait « colline boisée » - qui est le nom que porte la fée gardienne des lieux, et que certains rapprochent d'une adaptation normande de la déesse Diane, la chasseresse des bois.


Il est dit que cette fée représente tout ce qu'il y a de beau et doux tandis que sa sœur Gione représente le mauvais et le vicieux. Un beau jour, un seigneur du Château de Rânes se baladait dans la forêt quand il aperçut derrière un arbre une jeune fille à l'allure si gracile qu'il en tomba amoureux. Le mariage ne se fit qu'à une seule condition : que jamais le seigneur ne prononce le mot "mort" ! Malgré la promesse de tenir sa langue, l'homme manqua à sa parole quelques années plus tard en pestant contre la lenteur de son épouse pour se préparer, vociférant alors qu'elle « avait le don de faire attendre la Mort ». Aussitôt, la jeune femme poussa un cri d'abomination, déploya ses ailes de fée (car c'en était une) et sauta par la fenêtre du château ; il est dit que l'empreinte de son pied est toujours incrusté sur le rebord de la tour.

Le château de Rânes

Était-ce la fée Andaine? En tout cas nous la retrouvons accompagnée de sa sœur Gione dans une autre légende rattachée cette fois-ci au seigneur de Bonvouloir. Dans le patois normand, les "gions" sont les ajoncs que l'on trouve dans la forêt... à un tel point qu'ils en deviennent envahissants et ralentissent la marche des promeneurs. C'est dans la même idée que le seigneur de Bonvouloir, traversant les bois pour rejoindre son domaine, se retrouva ainsi aux prises de la vilaine fée Gione qui usa du parfum des fleurs pour lui faire perdre connaissance. Il se réveilla plusieurs heures plus tard, allongé sur un dolmen appelé Le-Lit-De-La-Gione car c'était là la demeure de cette fée.


Le seigneur mit un certain temps avant de retrouver son chemin et ne sut jamais ce qu'il lui était réellement arrivé ce jour-là... Toujours est-il que la légende raconte qu'une malédiction s'abattit sur lui et qu'il fut incapable d'avoir un enfant avec son épouse. Des années durant, ils se lamentèrent de ne pouvoir concevoir de descendance et le seigneur eut donc idée de retourner à la forêt, au dolmen. Par chance, ce ne fut pas la fée Gione qui l'accueillit mais sa gentille sœur Andaine. Cette dernière conseilla au seigneur de boire un mois durant à une fontaine d'eau se trouvant non loin, puis de retrouver son épouse.


Le procédé sembla fonctionner puisque quelques mois plus tard naquit un enfant. Le seigneur fut si heureux qu'il en érigea une Tour à la forme... particulière.


Le dolmen du Lit-de-La-Gione
La Tour de Bonvouloir

Après Andaine & Gione, il reste encore une fée en particulier qui protège un lieu non loin de la forêt ; la fée Gisèle, gardienne des Gorges de Villiers. C'est dans cet escarpement de grès armoricain que se trouve une grotte nommée « la chambre de la fée Gisèle » et l'on raconte que les agriculteurs venaient autrefois demander de l'aide à sa résidente qui fournissait alors charrue & bœufs pour la journée en échange d'offrandes.

Les Gorges de Villiers

La forêt d'Andaine est sans conteste l'un de mes endroits préférés dans l'Orne. Une terre magique où on a l'impression que le moindre petit recoin regorge de légendes et de charme. J'espère vous avoir donné l'envie de fouler les sentiers qui la traversent, quitte à vous en écarter un peu pour visiter les autres points d'intérêt cités dans ce billet. En attendant, je vous laisse avec plusieurs photos prises dans ce sanctuaire des fées.



 

Bibliographie : Bois et forêts de Normandie par Jean-Marie Foubert