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L'histoire des chiens en Roumanie

Mis à jour : oct. 11


Le 17 mai se tient la Journée Internationale contre le massacre des chiens de Roumanie, un jour tout indiqué pour rédiger enfin cet article.


Cela fait à présent 3 ans que j’ai adopté ma toute première chienne roumaine : Ashélia. Elle est et restera à jamais la chienne de toute une vie, celle qui m’a tant appris, tant fait évoluer, tant donné. Si je traite souvent du sujet de ses comparses restés en Roumanie sur Instagram – en racontant son histoire, en partageant des posts de chiens à adopter, en informant ceux qui se posent des questions – je n’ai jamais réellement évoqué leur cas si particulier ici même. Il est grand temps de s’y mettre !


Cet article contient de nombreux liens références de journaux et autres posts traitant des sujets évoqués mais également de vidéos pouvant heurter la sensibilité, ces liens en particulier sont mis en gras et en rouge pour que vous puissiez les éviter si nécessaire.

Le commencement


La Roumanie, c’est un pays d’Europe de l’Est dont la capitale, Bucarest, se situe à environ 2300kms de Paris. C’est également un pays qui, pendant près d’un demi-siècle, a souffert de régimes politiques dictatoriaux : sous la coupe de l’ancien leader communiste Nicolae Ceauşescu et dans le cadre de son projet de « systématisation » dans les années 1980, les habitants ruraux faisant partie d’une population déjà appauvrie se virent obligés d’abandonner leurs maisons afin de rejoindre de grands immeubles dans les villes où logent également les citadins dont les foyers ont été démolis. Dans ces appartements, impossible d’y emmener son chien. Le contexte économique, politique et social ne permet pas non plus aux propriétaires de stériliser et vacciner leurs animaux. C’est donc dans ces conditions que nombre de familles sont contraintes d’abandonner leurs chiens dans les rues.


En 1989 sonne la chute du régime de l’ancien leader et les années s’écoulent lentement dans un sentiment de renouveau entraînant avec lui une démocratie parlementaire. Mais pour les chiens anciennement domestiques et à présent appelés des « stray dogs » ou maïdanezi en roumain, rien n’a changé : c’est même pire.



crédit : Creative Commons

Des chiens livrés à eux-mêmes


Ces chiens, tout d’abord esseulés, se retrouvent rapidement en meute. Tandis que certains restent aux alentours des habitations pour trouver de la nourriture (ils n’oublient pas que des résidents veillent toujours sur eux et les soignent autant qu’ils le peuvent), les femelles s’éloignent dans les campagnes pour mettre bas et protéger leurs petits. Les générations évoluent et apprennent à envisager l’homme différemment : il n’est plus le compagnon d’une vie, mais un allié potentiel pour survivre, bien que souvent dispensable. Les caractères changent et s’assèchent, les stray dogs deviennent méfiants à l’égard des humains et ainsi provoquent la peur et la haine.



Deux populations en désaccord


Alors que les roumains réapprennent à vivre après des décennies de souffrance, ils font face à un nouveau problème : la surpopulation canine. Car évidemment, autant de chiens non stérilisés mis ensemble c’est la porte ouverte à de très, trop nombreuses portées sauvages et c’est ainsi 65 000 chiens errants dans la ville de Bucarest seule – superficie 228km² – qui sont recensés en 2013 (pour vous donner un ordre d’idée, en 2018 une étude menée à la Réunion – superficie 2 512km² – en dénombre 42 100 sur l’ensemble de l’île). Moins amicaux que leurs parents, ces nouveaux chiens errants s’attaquent aux riverains, s’accaparent des parcs pour enfants, apprennent à vivre aussi bien dans les villes qu’à l’extérieur.


Très vite, la Roumanie est alertée par cette ombre au tableau qui touche aussi bien les locaux que les touristes mais aucun régime n’arrive à endiguer le problème. En 1997, un programme de stérilisation massive a été mis en place, sans grand succès malgré l’aide financière de la fondation Brigitte Bardot en 2001 : le premier ministre de l’époque Adrian Nastase enjoignait les maires à se débrouiller pour solutionner les cas des chiens errants, sans plus d’indication. Peu de budget, la capture, stérilisation et soins de ces chiens coûtent énormément d’argent et de ressources humaines que la Roumanie n’a pas (ou ne veut pas allouer pour cette manœuvre).


Cela engendre alors des pratiques peu éthiques notamment lorsqu’en 2013 les journaux font mention du cas d’un enfant tué par un chien. Il n’en fallait pas plus pour que l’ancien président Traian Basescu qui fait état de 20 000 cas de morsures l’année passée, mette en place une loi d’euthanasie massive des chiens errants. C’est ainsi plus de 100 000 chiens qui seront massacrés. Et si, en France, l’euthanasie évoque l’endormissement de l’animal, cela n’est pas tout à fait pareil en Roumanie qui y voit davantage des airs d’abattoir. Le métier de dog catcher bat son plein, les captures sont violentes, les fourrières sont insalubres, les chiens s’entassent dans des cages. Ceux qui ne sont pas décédés durant le transport doivent faire face à des bagarres entre congénères pour pouvoir se nourrir, et bien évidemment dans cet amas de déjections, les maladies telles que la parvovirose circulent vite.



Aujourd’hui


Même si la Roumanie semble de mieux en mieux gérer la situation des chiens errants, notamment car en 2014 la Cour d’Appel de Bucarest a suspendu la loi de l’euthanasie massive pour donner une chance aux campagnes de stérilisation, ils restent encore un problème. De plus en plus de pays d’Europe ou d’ailleurs se préoccupent du sort de ces chiens et se créaient diverses associations de protection en faveur des stray dogs qui manifestent, militent et organisent des campagnes de stérilisation et vaccination dans les rues de Bucarest, Pascani, Roman, Valcea, Oltenita, etc. secondées par des familles adoptantes qui n’hésitent pas à faire rapatrier leurs protégés chez eux, en Allemagne, Belgique, France ou même encore au Royaume-Uni.


Les mentalités tendent à évoluer également en Roumanie. Alors même que certains habitants n’ont jamais perdu de vue cette lutte contre l’extermination de masse des chiens (création de refuges, manifestations, etc.) d’autres se joignent à eux et les adoptions au sein même du territoire commencent à fleurir.



Demain


Il faudra encore très certainement beaucoup de temps avant de sécuriser complètement l’avenir des chiens errants en Roumanie. Mais chacun, à hauteur de ses propres moyens et capacités, peut aider. Je vous invite grandement à lire mon article sur comment aider les associations avec ou sans argent pour en savoir plus. Quant à moi, je vous laisse sur ces quelques diaporamas d’Ashélia, ma douce roumaine, lors de son passage à la fourrière-mouroir de Pascani puis au refuge de Remember Me Land et enfin chez nous.


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